Jean-Philippe Blondel, Mariages de saison

Résumé de l’éditeur

Toujours les mêmes conversations, les mêmes buffets, les mêmes belles-mères…Vidéaste de mariage, Corentin connaît par coeur le spectacle du bonheur. Tous les samedis d’été, il enfile sa cravate, attrape son matériel et part enregistrer comme personne. Personne, il l’est – à leurs yeux du moins. A force de vivre en marge, sans s’engager, Corentin fait du sur-place sans le savoir. Il est grand temps qu’il passe de l’autre côté de la caméra. Du côté de la vie, enfin…

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Saison 2013. Corentin nous embarque de mariage en mariage, caméra au poing, afin d’honorer son boulot en tant que vidéaste, dans l’entreprise de son parrain Yvan. Il va avoir l’occasion d’être le confident des futur(e)s marié(e)s, malgré lui, bien souvent. Spectateur et gardien des secrets de famille, Corentin apprendra également beaucoup de choses à propos de lui-même et de son propre entourage. Enfin, une opportunité se présentera au jeune homme ; après avoir passé ses étés et ses week-ends à capturer la vie des autres -et fonder la sienne sur des regrets-,  il sera temps pour lui de voler de ses propres ailes !

Mon avis

On retrouve la signature de Jean-Philippe Blondel, à travers ce court roman qui se lit de manière très fluide. Une plume touchante et singulière, comme à son habitude ! Si ce  n’est sans doute pas le roman de cet auteur qui m’aura le plus marquée, il en résulte néanmoins un bon moment de lecture.

16 /20

 

Marie-Laure Hubert Nasser, La carapace de la tortue

couv23850901Avez-vous déjà eu ce sentiment qu’un livre a été écrit pour vous ? Personnellement, ce fut le cas à la lecture de celui-ci.

On nous décrit d’abord Clotilde, cette jeune femme éteinte, qui préfère raser les murs, se faire oublier, rentrer dans les clous, ne pas déranger, se fondre dans la masse, discrète et timide.

Et puis paradoxalement est dépeint le portrait de cette même personne passionnée, pleine d’amour et d’illusions, de rêves et de projets.

Clotilde, ça pourrait très bien être moi. Qui attend sagement que la vie suive son cours, nourrie et émerveillée par les beautés qui m’entourent. Mais qui crie silencieusement son envie de vivre, de faire exploser sa personnalité dans un feu de mille couleurs, et qui se retient. Celle « qui roule à 80 sur une autoroute limitée à 130km/h. »

A un moment donné, on se demande comment l’auteure va s’y prendre pour clore le roman, sans tomber dans les clichés du happy end qu’on sent arriver à plein nez. Cependant, la chute de l’histoire est inattendue, ce qui lui fait marquer un gros point supplémentaire.

Ma note sur LA : 17

Lorraine Fouchet, La mélodie des jours

Que dire de ce roman, si ce n’est qu’il a été un réel coup de coeur ? Et pourtant, je garderais toujours un souvenir particulier de ce livre ; car il me ramène à un moment où ça n’allait pas fort il y a un peu plus d’un an… J’étais retournée vivre chez mes parents quelques temps, et j’avais commencé à me plonger dans l’histoire pleine de tendresse de cette jeune fromagère et de sa fille. Mais pas uniquement, car ce sont plusieurs personnages qui vont se rencontrer, et tisser des liens. Former une communauté solide et solidaire grâce au Site des Voisins, dans une ville du Vaucluse. Des secrets, des nouveaux départs. L’attente, l’angoisse face au diagnostic, face à la maladie. Les questionnements, aussi. Que faire pour protéger notre entourage ? Toute vérité est-elle bonne à dire ou est-il préférable de mentir ?

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Déjà conquise par la plume de Lorraine Fouchet, à travers l’excellent Entre ciel et Lou, ou encore Les couleurs de la vie, entre autres, c’est un 19 que je lui ai attribué sur Livraddict ! J’appréhendais déjà le moment où il faudrait fermer le roman en voyant les pages restantes diminuer, et c’est ce qui s’est passé. On s’attache aux personnages, et on aimerait trouver ce havre de paix. Sauter à bord du premier train pour les rejoindre et partager leurs tracas et leurs joies. 

Ainsi, c’est une des forces de la Lecture et des auteurs : ils possèdent ce don de nous faire voyager pendant des heures voire des jours, de stimuler notre imagination ; mais aussi de nous couper de la réalité morose et teintée de gris. La mélodie des jours, et plus particulièrement Lorraine Fouchet en l’occurrence, nous redonnent de l’espoir!

Patrick Bard, Et mes yeux se sont fermés

J’ai découvert ce roman par hasard sur le site Livraddict ; la description et les critiques m’ont donné envie de le lire. Il s’agit de l’histoire de Maëlle, une fille de 16 ans originaire du Mans, vivant avec sa mère Céline et sa soeur Jeanne. En apparence, Maëlle est une élève modèle, excelle dans presque tous les domaines, est appréciée par ses professeurs et ses camarades. Au-delà de ses notes remarquables, l’adolescente provoque quelques vagues au niveau de son comportement… En effet, elle ne supporte pas l’injustice et n’a pas la langue dans sa poche. Elle souhaite sauver le monde, notamment à travers une carrière dans le milieu médical et l’humanitaire. C’est d’ailleurs en commençant à regarder des vidéos de la misère en Syrie que Maëlle, qui insiste pour qu’on la nomme désormais Ayat, va se convertir à l’islam et remettre progressivement tout en cause : ce qu’elle mange, ses fréquentations, le sport, sa manière de se vêtir, les réactions de sa famille. D’ailleurs, sa mère se dispute souvent avec elle à propos de sujets politiques.

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Au fil des semaines, l’adolescente se coupera du monde, et sa seule confidente restera sa soeur, Jeanne, qu’elle essaie également d’embrigader. C’est comme cela qu’elle lui donnera les détails de ses plans, ce qui permettra de la retrouver plus rapidement… Sur Facebook, Ayat rencontre Mokhtar, un français de 30 ans qui lui fait un lavage de cerveau et avec qui elle se marie via « Skype ». Elle n’a plus qu’une seule idée, le rejoindre en Syrie et faire un enfant avec lui. C’est comme cela qu’elle disparaît quelques jours avant Noël. Un matin, elle ne se présente pas en classe et s’enfuit avec sa « soeur » Amina, elle aussi convertie. Toutes deux se rendent en Belgique dans le quartier de Molenbeek afin d’obtenir de faux papiers, et prennent l’avion direction la Turquie. Malheureusement, elle n’aura jamais le temps de rencontrer son mari, mort en martyr avant son arrivée. Il lui faut donc en trouver un nouveau. Il s’agit de Redouane, un jeune français originaire de Chartres. Quand les deux-là se rencontrent, ils ont « le coup de foudre ». Très vite, Ayat tombe enceinte ; parallèlement, son mari et elle se rendent compte que les « frères » en Syrie ne sont pas disponibles pour eux, et qu’ils laissent leur éducation liée à la religion de côté. Pourtant, c’est ce qu’ils étaient venus chercher ici. Ils souhaitaient devenir de bons musulmans. Le couple souhaite rentrer en France afin qu’Ayat puisse accoucher tranquillement et qu’ils puissent élever leur fille loin des roquettes qui leur tombent dessus. Dans cette fuite vers la Turquie, Redouane se fait tirer dessus, tandis que sa femme réussit à s’échapper. A 16 ans, elle se retrouve veuve deux fois, enceinte, dans un pays dont elle ne parle pas la langue. Une seule issue : appeler sa mère, qui mettra toute sa rancoeur de côté, heureuse de retrouver sa fille. C’est l’amour maternel qui la fera se déplacer en Turquie pour aller la sauver.

Arrivée à Roissy, la jeune femme est directement emmenée en prison et interrogée. N’ayant commis aucun crime et avec aucune intention d’organiser un attentat sur le sol français, elle n’y restera pas, mais se voit désormais contrainte à pointer au commissariat trois fois par jour. De plus, Maëlle est assignée à domicile et elle est « enfermée » dans sa chambre, de laquelle ses parents ont décidé d’enlever la porte.  Pour oublier tout cela, il va falloir du temps et la rencontre avec Aïcha, qui travaille dans un programme destiné à accueillir et désembrigader ces jeunes français revenus de Syrie. C’est grâce à elle qu’elle apprendra qu’il existe plusieurs formes de la religion islamique dans le Coran. Ayat, elle, souhaite élever sa fille Aamal dans l’amour et le respect. Elle a même repris ses études par correspondance, et souhaite devenir infirmière si elle obtient son baccalauréat.  Enfin, une très belle surprise arrive à Ayat à la fin de l’histoire, mais je vous laisse la découvrir !

Je n’ai pas été déçue par la lecture de ce roman qui se fait de manière très fluide. Commencé hier après-midi, je l’ai terminé le jour-même en début de soirée. Patrick Bard traite un sujet délicat de manière intéressante, car on est soumis au point de vue de chaque personnage, tout en progressant chronologiquement dans le déroulement des faits. Aussi, une certaine réflexion se met-elle en place quant à la probabilité que cela arrive à n’importe qui dans notre entourage, ou encore à nous-même, et la vigilance à apporter, complétée par l’importance de la prévention à mener auprès des élèves dans les collèges/lycées, souvent dépassés par les informations/Internet, n’ayant pas encore acquis un sens assez critique afin de ne pas se laisser manipuler par ce qu’ils consomment en terme de vidéos et autres produits.