Patrick Bard, Et mes yeux se sont fermés

J’ai découvert ce roman par hasard sur le site Livraddict ; la description et les critiques m’ont donné envie de le lire. Il s’agit de l’histoire de Maëlle, une fille de 16 ans originaire du Mans, vivant avec sa mère Céline et sa soeur Jeanne. En apparence, Maëlle est une élève modèle, excelle dans presque tous les domaines, est appréciée par ses professeurs et ses camarades. Au-delà de ses notes remarquables, l’adolescente provoque quelques vagues au niveau de son comportement… En effet, elle ne supporte pas l’injustice et n’a pas la langue dans sa poche. Elle souhaite sauver le monde, notamment à travers une carrière dans le milieu médical et l’humanitaire. C’est d’ailleurs en commençant à regarder des vidéos de la misère en Syrie que Maëlle, qui insiste pour qu’on la nomme désormais Ayat, va se convertir à l’islam et remettre progressivement tout en cause : ce qu’elle mange, ses fréquentations, le sport, sa manière de se vêtir, les réactions de sa famille. D’ailleurs, sa mère se dispute souvent avec elle à propos de sujets politiques.

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Au fil des semaines, l’adolescente se coupera du monde, et sa seule confidente restera sa soeur, Jeanne, qu’elle essaie également d’embrigader. C’est comme cela qu’elle lui donnera les détails de ses plans, ce qui permettra de la retrouver plus rapidement… Sur Facebook, Ayat rencontre Mokhtar, un français de 30 ans qui lui fait un lavage de cerveau et avec qui elle se marie via « Skype ». Elle n’a plus qu’une seule idée, le rejoindre en Syrie et faire un enfant avec lui. C’est comme cela qu’elle disparaît quelques jours avant Noël. Un matin, elle ne se présente pas en classe et s’enfuit avec sa « soeur » Amina, elle aussi convertie. Toutes deux se rendent en Belgique dans le quartier de Molenbeek afin d’obtenir de faux papiers, et prennent l’avion direction la Turquie. Malheureusement, elle n’aura jamais le temps de rencontrer son mari, mort en martyr avant son arrivée. Il lui faut donc en trouver un nouveau. Il s’agit de Redouane, un jeune français originaire de Chartres. Quand les deux-là se rencontrent, ils ont « le coup de foudre ». Très vite, Ayat tombe enceinte ; parallèlement, son mari et elle se rendent compte que les « frères » en Syrie ne sont pas disponibles pour eux, et qu’ils laissent leur éducation liée à la religion de côté. Pourtant, c’est ce qu’ils étaient venus chercher ici. Ils souhaitaient devenir de bons musulmans. Le couple souhaite rentrer en France afin qu’Ayat puisse accoucher tranquillement et qu’ils puissent élever leur fille loin des roquettes qui leur tombent dessus. Dans cette fuite vers la Turquie, Redouane se fait tirer dessus, tandis que sa femme réussit à s’échapper. A 16 ans, elle se retrouve veuve deux fois, enceinte, dans un pays dont elle ne parle pas la langue. Une seule issue : appeler sa mère, qui mettra toute sa rancoeur de côté, heureuse de retrouver sa fille. C’est l’amour maternel qui la fera se déplacer en Turquie pour aller la sauver.

Arrivée à Roissy, la jeune femme est directement emmenée en prison et interrogée. N’ayant commis aucun crime et avec aucune intention d’organiser un attentat sur le sol français, elle n’y restera pas, mais se voit désormais contrainte à pointer au commissariat trois fois par jour. De plus, Maëlle est assignée à domicile et elle est « enfermée » dans sa chambre, de laquelle ses parents ont décidé d’enlever la porte.  Pour oublier tout cela, il va falloir du temps et la rencontre avec Aïcha, qui travaille dans un programme destiné à accueillir et désembrigader ces jeunes français revenus de Syrie. C’est grâce à elle qu’elle apprendra qu’il existe plusieurs formes de la religion islamique dans le Coran. Ayat, elle, souhaite élever sa fille Aamal dans l’amour et le respect. Elle a même repris ses études par correspondance, et souhaite devenir infirmière si elle obtient son baccalauréat.  Enfin, une très belle surprise arrive à Ayat à la fin de l’histoire, mais je vous laisse la découvrir !

Je n’ai pas été déçue par la lecture de ce roman qui se fait de manière très fluide. Commencé hier après-midi, je l’ai terminé le jour-même en début de soirée. Patrick Bard traite un sujet délicat de manière intéressante, car on est soumis au point de vue de chaque personnage, tout en progressant chronologiquement dans le déroulement des faits. Aussi, une certaine réflexion se met-elle en place quant à la probabilité que cela arrive à n’importe qui dans notre entourage, ou encore à nous-même, et la vigilance à apporter, complétée par l’importance de la prévention à mener auprès des élèves dans les collèges/lycées, souvent dépassés par les informations/Internet, n’ayant pas encore acquis un sens assez critique afin de ne pas se laisser manipuler par ce qu’ils consomment en terme de vidéos et autres produits.